Résilience alimentaire : comment y parvenir ?

La résilience alimentaire a longtemps été une réalité en France et ailleurs. Et puis la globalisation est arrivée. Pourrait-on aujourd’hui faire machine arrière et retrouver une auto-suffisance alimentaire sur nos territoires ?

Si vous me suivez régulièrement, vous savez déjà que la consommation de produits locaux est au coeur de mon engagement associatif depuis de nombreuses années. J’ai même monté un petit marché de producteurs chaque mercredi dans mon village.

Et puis celui qu’on appelle maintenant le premier confinement est arrivé. Et j’ai commencé à m’interroger sur ce qu’il se passerait si nous étions dans l’obligation de cesser tous déplacements pour une longue période ou pourquoi pas pour toujours. Une hypothèse pas si folle quand on sait que les réserves de pétrole n’ont jamais été aussi proches de l’épuisement ou en tout cas de la fin de l’extraction facile. Si le sujet vous intéresse, je vous conseille de lire Pablo Servigne, chef de file de la collapsologie en France.

Mais revenons à nos moutons. Si demain vous étiez privée de voiture, comment vous nourririez-vous ? Quels types d’aliments pourrez-vous aller acheter à pied ? à vélo ? Et comme ça, j’ai réalisé une sorte de carte alimentaire de mon territoire. Et j’ai commencé à m’intéresser de plus près à la notion de résilience alimentaire.

La résilience alimentaire, c’est quoi ?

Dans le livre « Vers la résilience alimentaire : faire face aux menaces globales à l’échelle des territoires », les Greniers d’Abondance donne une définition simple. La résilience alimentaire est la capacité d’un système alimentaire à garantir la sécurité alimentaire au cours du temps, malgré des perturbations variées et non prévues.

On est donc au-delà du simple aspect géographique comme me le poussait à penser mon petit exercice de cartographie de productions locales. C’est bien plus complexe. Réfléchir à la résilience alimentaire, c’est réfléchir aux menaces qui peuvent menacer l’équilibre nourricier d’un système alimentaire, c’est à dire l’équilibre d’une organisation comprenant à la fois la production, la transformation, la distribution, la consommation et la gestion des déchets liées à l’alimentation.

La résilience touche donc à la fois les citoyens, les entreprises, les politiques et les administrations, les industries, le monde associatif…Tout le monde quoi !

Quelles menaces pèsent sur le système alimentaire ?

résilience alimentaire

Notre alimentation et nos approvisionnements sont finalement assez fragiles. De nombreuses menaces pèsent directement sur la production alimentaire. On en voit malheureusement de plus en plus d’exemples à travers le monde.

Le changement climatique d’abord a un impact immédiat : sécheresses, inondations, tempêtes, canicules, gelées tardives… Cette année encore, en France, on peut dénombrer des gelées tardives compliquant les récoltes de fruits en début d’été, une pluviométrie estivale importante qui porte préjudice à la culture des légumes du soleil comme les tomates, des tempêtes de grêles abimant les vignes…

L’effondrement de la biodiversité compromet sévèrement des phénomènes naturels qui nous semblent normaux : pollinisation, régulation des agresseurs, fertilité des sols… Et nous ne parlons ici que de biodiversité naturelle. Nous avons également diminué volontairement le nombre de variétés cultivées. Si une maladie venait à s’attaquer à une variété particulière, cela pourrait être un réel désastre sur la production.

Dans le même temps, les terres agricoles se raréfient, toujours plus urbanisées ou se dégradent à cause de l’intensification de la production. Et les ressources énergétiques et minières tendent à diminuer. Pourtant, une immense majorité de la production est aujourd’hui basée sur l’utilisation du pétrole.

Enfin, les événements récents nous le montrent également, l’instabilité politique ou économique impacte tout le système alimentaire et ses acteurs : agriculteurs, transporteurs, consommateurs…L’accès à une alimentation de base s’en trouve immédiatement affecté.

Peut-on retrouver aujourd’hui une résilience alimentaire ?

Oui sans doute si tous les acteurs acceptent de mettre leurs efforts en commun. Plusieurs pistes de solution sont d’ores et déjà connues et identifiées.

Préserver le monde agricole

Le nombre d’agriculteurs n’a cessé de baisser depuis la seconde guerre mondiale. Ils étaient 10 millions en 1945, 1,6 millions en 1982 et seulement 400 000 en 2019. La dureté du métier, le manque de reconnaissance voir la méfiance de la population ainsi que la difficulté à s’installer pour ceux qui ne sont pas issus d’une famille d’agriculteurs.

Autre piste d’action : le zéro artificialisation des sols. Grignotées petit à petit par les zones commerciales et les nouveaux quartiers, les terres agricoles fertiles ont laissé place au béton. A défaut de pouvoir tout remettre en friche, les collectivités ont la capacité légale, via leur Plan Local d’Urbanisme et d’autres dispositifs, de préserver les terres agricoles en y interdisant toute autre activité.

Encourager l’autonomie

Les paysans pourront participer plus largement à la résilience alimentaire en développant leur autonomie en matière d’outillage, d’énergie, de ressources, de semences… De plus en plus de réseaux locaux d’entraide inventent des outils collectifs, réhabilitent des semences anciennes permettant de diminuer la dépendance aux grands groupes.

Outre les outils, les locaux de stockage et de transformation manquent encore. Créons des silos, des moulins, des conserveries, des laiteries pour traiter localement la production et ainsi réduire la dépendance aux transports. Bien sûr des épiceries locales et des petits marchés permettront d’asseoir définitivement les circuits courts et de recréer du lien dans les villes et les villages.

Nourrir grâce à l’agroécologie

Renforcer le monde agricole et développer son autonomie permettra d’évoluer vers une agriculture nourricière. Adieu les champs en monoculture sur des régions entières et bonjour à une réelle diversité de production. Diversité qui permettra d’abandonner progressivement l’agriculture chimique au profit d’une agriculture plus naturelle.

Le retour à une agriculture naturelle favorisera par rebond le retour d’une biodiversité équilibrée mais aura également un impact sur les paysages. Le bocage reprendra peu à peu ses droits sur les openfield.

Pour résumer…

résilience alimentaire

La résilience alimentaire est probablement possible. Mais ne se fera pas sans mal. Pour parvenir à actionner ces différents leviers, tous doivent se mobiliser.

En premier lieu, les collectivités doivent travailler à un vaste état des lieux de la population et du foncier agricole. Ces bases permettront de garantir la pérennité des terres agricoles et de faciliter les installations. Le secteur associatif et le monde agricole lui-même sauront ensuite faire preuve d’inventivité et d’audace pour développer l’autonomie.

Enfin, nous, consommateurs devons (ré)apprendre à consommer local. Ce sont nos achats qui permettront la création de filières de logistique plus courtes et qui permettront au secteur agricole de se transformer.

Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous conseiller de lire le travail des Greniers d’Abondance. Cela a été si facile de basculer dans une agriculture presque industrielle que j’ai volontairement écrit cet article comme s’il était facile de faire machine arrière. En réalité, la réglementation et le travail à accomplir sont plus complexes. Mais à coeur vaillant, rien d’impossible non ?

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2 réflexions au sujet de “Résilience alimentaire : comment y parvenir ?”

  1. Bonjour, c’est intéressant : je vais « brancher » les élus de mon village.. A notre petite échelle il y a une maraîchère qui s’est installée aidée par la commune…Un petit pas pour le « consommer local »

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  2. Coucou! Je prends enfin le temps de venir te lire! C’est bien ce qui me semblait…revenir en arrière est bien compliqué! Il faudrait que tous les acteurs aillent dans la même direction…qui n’est pas celle du profit! 🙁 Mais j’aime être positive! Alors je me dis que ce n’est pas impossible! Qu’à notre échelle on peut faire quelques petites choses et préparer le terrain pour que nos enfants puissent continuer dans cette voie!

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